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L’Impartial, 13 décembre 2004
Croqu’Guignols jouera à Cuba
La Chaux-de-Fonds : "Jeannot et Margot" a été présenté en création à
l’ABC. Le spectacle est invité à La Havane.
"Margot, fais bien manger ton frère, gave-le ! Et quand il sera bien
dodu et grassouillet, je le mangerai ! Hé hé …" Les contes de fée sont
autant pédagogiques qu’effrayants, comme on sait. Dans "Jeannot et
Margot", présenté en création ce week-end au théâtre ABC par
Croq’Guignols, c’était particulièrement évident. A partir des contes de
Grimm – un peu du "Petit Poucet", un peu de "Hansel et Gretel" -
Catherine de Torrenté et Vérène Correa ont joué avec un art consommé de
leurs marionnettes, très évocatrices. Le papa, la maman – quelle
horrible femme, encore pire que la sorcière si possible… - et les deux
enfants, qui se tiennent toujours bien par la main et qui s’en sortent
grâce à leur courage et leur ingéniosité. Tout cela dans des décors
superbes, comme cette maison magique en biscômes apparue d’un coup sur
scène, à l’émerveillement des enfants.
En sus, un humour bienvenu : la sorcière disparaît dans le "poum" d’une
bombe de table. Les kids ont apprécié : "Tu as vu ? Elle a pété la
sorcière !" Et quel plus grand hommage que le silence presque total de
la petite classe !
"Jeannot et Margot" va tourner, explique Vérène Correa. Le théâtre – qui
a l’habitude de pas mal voyager – a déjà des engagements pour l’an
prochain, notamment à Fribourg en février.
Jusqu’à Cuba !
Et surtout le spectacle, en passe de traduction en espagnol, sera
présenté pendant les vacances de Pâques à La Havane. Croqu’Guignols y
est invité d’honneur de la 4e Triénnale de la marionnette ! Honneur pas
mince. A Cuba, indique Vérène Correa, "il y a des théâtres de
marionnettes dans toutes les provinces et la formation des
marionnettistes est très prise au sérieux."/cld |
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Figura,
revue pour le théâtre de marionnettes, unima suisse, no.49
Les Croqu’Guignols jouent Jeannot et Margot
Le cheminement de deux enfants
Deux femmes, deux valises, une histoire. Vérène Correa et Catherine de
Torrenté ont décidé de créer un spectacle très mobile, jouable dans le
monde entier. Une contrainte s’imposait : pouvoir transporter facilement
les marionnettes, décors et autres objets. Ce choix a évidemment une
influence concrète sur la mise en scène ; la réduction des moyens
devient essentielle.
Les Croqu’Guignols racontent le célèbre conte des Frères Grimm,
l’histoire d’une famille appauvrie, qui n’a plus assez à manger pour
tous. Elle parle de la mère qui pense à abandonner ses enfants dans la
forêt et du père, qui ne se révolte pas contre la proposition de sa
femme et participe au méfait. C’est une histoire monstrueuse, surtout si
on pense aux mères qui racontent à leurs enfants de 3,4 et 5 ans comment
une mère perd à dessin ses enfants dans la forêt. Quelle idée
traumatisante ! Le travail de générations de psychiatres et thérapeutes
semble programmé dans la chambre d’enfants. Mais la deuxième tentative
d’abandonner les enfants dans la forêt réussit. Suivent alors les
différentes étapes : le chemin qui les amène vers la sorcière, conduits
par l’oiseau d’un blanc séducteur, l’aventure et le gavage chez la
sorcière et enfin la libération. Dieu merci, tout rentre dans l’ordre,
les enfants retrouvent la maison, la méchante mère meurt entre temps,
elle est donc éliminée du tableau, et le faible père continue la vie
familiale avec ses enfants. Et s’ils ne sont pas morts, ils vivent
encore…l’histoire sera racontée à nouveau ou mise en scène au théâtre de
marionnettes.
Les Croqu’Guignols reprennent ce conte, mais en réduisent les effets
théâtraux de manière convaincante. Une longue réflexion a permis
d’éliminer le superflu et le spectacle se concentre sur l’essentiel. Sur
la scène se trouvent les deux valises, dont le contenu, posé dessus,
forme le décor, transformable par quelques gestes bien ciblés : le logis
familial, la forêt, la maison de la sorcière, le four. Les personnages,
de différentes dimensions, traversent le paysage, parfois constitué par
la cape des marionnettistes: les marionnettes passent par dessus pour
atteindre le prochain lieu d’action. Egalement d’une simplicité
impressionnante est la tombée de la nuit avec un lever de lune sur la
toile de fond. Une scène se termine, une autre commence. Et à la fin, le
public a droit à un effet pyrotechnique avec l’explosion du four de la
sorcière avant que tout rentre dans l’ordre.
La réduction des moyens de cette mise en scène accompagnée par Kurt
Fröhlich a porté ses fruits à tous égards. Il en résulte une belle
histoire racontée avec sérénité, un spectacle qui peut parcourir le
monde sans problèmes. Après la première le 11 décembre 04 à La
Chaux-de-Fonds et d’autres représentations à Fribourg, une version
espagnole est programmée. Elle sera jouée à Neuchâtel pour Les Journées
de la Marionnette Tock05 avant de participer à la 4e Triénnale de du
Teatro Nacional de Guiñol à La Havane, Cuba.
Bonne chance !
Elke Krafka
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